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Quartiers Pirates

N'importe quoi mais culturel, sexy, ou drôle, ou les trois

Ma vie avec Annabelle

‒ Tu n’es pas prête pour le vernissage ?

‒ Mais si, tu vois bien.

Une nuisette minimum, totalement transparente, pour une soirée dans une des plus chics galeries de Paris ? Même dans notre époque délurée et tellement débonnaire, cela me semble léger.

‒ Tu ne viens pas ?

‒ Ton Carsten Höller, qui crée des amanites tue-mouches version gigantesque, et puis quoi encore !

‒ Tu n’aimes pas les champignons ?

Vanessa me regarde d’un tel air que je me frotte le nez pour trouver le bouton qui doit être énorme et sanguinolent. La situation est gravissime. Sortir les rames.

‒ Que proposes-tu alors ?

Elle sourit. Une embellie ? Je n’ose y croire.

‒ Une tranquille soirée, champagne, caviar, langoustine et présentation de mon exposition de peintures personnelles.

Cela devient intéressant.

‒ Explique…

‒ Surtout pas. Tu prépares les condiments et le reste, je m’occupe de la culture.

L’avantage de ce menu, c’est qu’il  est l’un des rares où un type dans mon genre, doté d’une capacité culinaire proche du zéro absolu, peut s’en sortir s’il possède un réfrigérateur judicieusement garni.

J’ai, je m’en sors et arrange le tout de façon esthétique.

‒ Tu es prêt ?

‒ Oui.

‒ Alors  je commence. Il faut reconnaitre l’artiste évoqué.

Aïe, un quizz. Moi qui suis nul à ce genre de jeux !

Elle installe un cadre ajouré dans l’ouverture de la porte. Deux mollets fins viennent y danser gainés de deux ballerines blanches, un frisson de tulle bleu.

Voyons…

‒  Degas ?

‒ Bravo.

Une longue jupe à volants, une ombrelle verte, une fleur rouge.

‒ Monet ?

‒ Super.

J’aime bien finalement.

Un foulard et un chapeau noirs, un bouquet de violette, un camé.

‒ Berthe Morisot ? Très organisé, ton jeu.

‒ Une semaine que je m’amuse dans ton dos à trouver les objets en douce.

Un corset noir, un derrière très en arrière dans une longue jupe, une ombrelle noire. Cela me dit quelque chose…

‒ Euh, Seurat ?

‒ Bien entendu. Compliquons en sortant de l’impressionnisme que tu connais trop bien.

Une pelle à neige en fer.

‒ Duchamp ?

Un chapeau melon, une pomme, un parapluie.

‒ Facile, Magritte ?

Un masque africain, son visage.

‒ Man Ray ?

Un buste de femme allongée voilé de blanc, un caraco brodé, une large ceinture de soie rouge.

‒ Goya ?

Des socquettes, des souliers vernis, une jupette de petite fille

‒ Marcel Marlier ?

‒ Je te parle Art, tu me réponds Martine et livres pour enfants, allons !

‒ Balthus ?

‒ Evidemment.

Des bas, des jarretelles, une envolée de dentelles.

‒ Elvgren. Et lui, c’est de l’art peut-être ?

‒ Pourquoi pas ! Et là ?

Posée de profil sur un drap crème, les mains autour de ses jambes mi-pliées, une robe rouge très courte, songeuse. J’imagine la fenêtre, le soleil qui inonde la pièce.

‒ Hopper.

Nue, assise dans une position contemplative, la main sous le menton, ses yeux dans les miens, un tissu bleu, une chéchia noire posée à son côté.

‒ Manet.

‒ Oui. Le temps de me rhabiller et je te fais le dernier. J’ai failli oser « l’Origine du monde » de Courbet, mais, va comprendre, je ne l’ai pas senti.

Elle rit.

Veste de fourrure noire, très courte, avec une ceinture qui la rend plus courte encore. Longue jambes gainées d'un bas à couture sur le devant, original et sexy, et bien entendu les escarpins vernis très hauts.
Elle s'assied sur le canapé, en équilibre sur l'accoudoir, met en valeur ses jambes, écarte un rien la fourrure pour dévoiler la rondeur des deux seins.

‒ Alors ?

Je prends le temps de réfléchir et d'admirer. Il faut toujours savoir profiter des jolies moments, c'est ma devise.

‒ Euh... Alors là je sèche.

‒ Cela ne m'étonne pas. Eh bien, il s'agit d'Annabelle quand son amant et mari lui propose de poser pour l'un de ses tableaux. Juste avant qu'elle finisse nue évidemment car ce coquin peint des femmes habillées mais fait poser sa femme nue.

‒ Oups !

Je suis rouge ou blême il faut croire, ou les deux en même temps peut-être, car elle rit si fort qu'elle manque en tomber de son accoudoir.
Histoire de reprendre contenance, je sors deux verres, le Pineau qui va bien, les amuses bouche de circonstance. Il faut fêter cette leçon d'Art si enthousiasmante.
Et comme on dit...

Ce qu'ils firent ensuite...
N'est pas dit dans la chanson.

 

Photo : Nina de Lianin

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