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Quartiers Pirates

N'importe quoi mais culturel, sexy, ou drôle, ou les trois

Ma vie avec Annabelle

Un clin de soleil orangé vient traverser les rideaux de mon bureau, se refléter sur l’écran de mon ordinateur avant de m’accrocher l’œil. 
Tiens !

Dans la seconde, le visage gai d’Annabelle s’encadre dans la porte.

─ Laisse tomber ce que tu fais, gros bougon, on va faire un tour.

Je n’ai pas le temps de dire non que nous sommes déjà dehors.
Bougon ? Moi ? Groumpf !
Mais c’est vrai qu’il fait beau dans ce soir qui vient, un ciel limpide, une douceur nacrée de début de printemps. En plein mois de février, cela a un côté miraculeux.
Je souris.
Annabelle porte une jupe ajustée, un manteau court, des collants noirs et fin, des escarpins à talons de danseuse.
J’adore.
Et je ne suis pas seul. Je croise quelques regards enthousiastes, quelques mâles en goguette qui lui feraient bien un bout de chemin si je n’étais là.
Mais je suis là.
Plaisir d’être avec une jolie femme !

─ Regarde comme cette ville est belle !

C’est vrai.
Nous venons de déboucher sur le champ de Mars. Sur notre gauche la Tour Eiffel dresse aux nues son gigantisme effilé. Plus loin, les lignes du Trocadéro posé entre ses pattes massives, voilées de la brume des jets d’eau, les toits, une mouvance de nuages laqués de rose sur un ciel si bleu qu’on le croirait faux.
Nous passons lentement sous le monstre endormi. La foule de la journée s’est délitée en groupes posés de ci de là. Deux vendeurs font encore voleter un dernier pigeon mécanique, ne nous proposent même pas la bouteille d’eau de rigueur. Trop tôt dans la saison.

─ On va jusqu’à Notre Dame.

Pourquoi pas ! La lumière est tendre, la nuit vient doucement tandis que nous longeons le fleuve. Les lampadaires s’étoilent peu à peu, les silhouettes des péniches se transforment en masses compactes aux cabines illuminées, les quais s’obscurcissent. Les voitures en flot intermittent, se bloquent à un feu tricolore, grommellent un instant puis repartent dans un vrombissement rageur. Par moments le boulevard se vide d’un seul véhicule isolé, comme perdu dans cette immensité, avant qu’un nouveau flux ne l’attrape.
Lorsque nous traversons, le ciel clair se mire dans l’eau noire, la ville est nuit.
Le parvis n’est pas désert, Paris ne dort jamais. Des passants pressés, un essaim de jeunesses rigolardes massé autour de deux bancs rapprochés, des touristes photographiant, comme en plein jour, leur petite amie posée face au monument. Des formes assises, allongées, des murmures diffus, des bruits épars, des objets abandonnés, des poubelles dégorgeantes.
Annabelle se repose sur un muret. J’admire un instant le dessin de ses jambes sur l’envolée des tours de la cathédrale.
Soudain on nous interpelle...

─ Superbe vraiment !

Je me retourne à cette voix graillonneuse fusant derrière moi. Trois clochards avachis sur des couvertures dont l’un lève sa canette vers nous. Il ne parle pas de la cathédrale, c’est certain.
Je rétorque du tac au tac.

─ N’est-ce pas ?

─ Toi, boucle la ! C’est à la dame que j’cause.

Et pan sur le bec !
Paris.

 

Photo : JFH
Modèle : Intemporelle éphémère

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