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Quartiers Pirates

N'importe quoi mais culturel, sexy, ou drôle, ou les trois

Imagine

Denis laisse ses yeux filer, suivre une feuille jaune qui glisse sur l’eau noire.
Paris.
La Seine.

Les quais.
Il ajuste ses pieds sur les pierres du parapet, relève un rien le nez.

Notre Dame.
Au dessus de lui, des gens passent sans le voir, chuchotements, bavardages. Parfois un éclair argentique.
Un temps doux, un ciel serein ombré de cotonneux nuages, il ne pleuvra pas.
Un zeste de printemps. Enfin !
La nuit qui vient.

Il commence.

‒ Imagine…

Jeannot, qui n’attendait que ça, cesse la mastication de son sandwich « jambon-gruyère », ferme les yeux.

‒ Imagine une blonde, un petit chapeau penché sur l'oreille gauche, des gants blancs, une robe noire, souple, ondulée, quelques plis… un long décolleté sur des seins superbes.

Il prend le litre, glisse le goulot entre ses lèvres, boit une gorgée du liquide acre.
Laisser s’envoler.
Prendre le temps.

‒ Et sur cette tendresse de satin,  vois-tu ces deux jambes fines, nimbées d'un nylon sensuel presque invisible ?

Il les voit. Jeannot aussi les voit, il le sait bien.

‒ Le haut des bas, qu'on découvre lorsqu’elle s'assied et que, mutine, elle laisse monter l'ourlet de la robe, en liseré noir sous un jupon à la transparence fluide, bordé de dentelle.

Il boit une seconde gorgée, repose la bouteille.
Sans bruit.

‒ Une couture décrit la courbe de la cuisse puis suit l’arrondi du mollet, avant de se nicher dans deux escarpins de velours noirs, long talons effilés, avec juste un petit nœud blanc, coquin et discret.

‒ Comme le désir.

‒ Comme le désir.

‒ Tout cela nimbé de soleil, irisé d’ocre, velouté de sensualité. Si capiteux de tendresse, que l’on a l’envie de frôler, d’effleurer, de caresser la peau voilée de satin.

Il se tait.
Ne surtout plus rien dire.
Un rayon de soleil tombe sur les deux hommes, fait briller la boucle d’une bitte d’amarrage.
Jeannot attend encore un long moment, ouvre les yeux, regarde le ciel pâle qui déjà s’endort.

‒ Tu l’as connue ?

‒ Bien sûr… dans une autre vie.

‒ Tu me raconteras la suite.

‒ Évidemment.

Jeannot tend la main, Denis fait passer le vin.
Au dessus de leurs têtes, une voix féminine, gaie comme un chant d’oiseau,  lance en envolée de trompettes.

‒ Que c’est beau !

Les deux potes tournent la tête, se fixent longuement, sourient.
Rêvent.
Deux jambes gainées de satin brillent dans leurs yeux.
Oui !
Que c’est beau…
La vie.

 

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