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Quartiers Pirates

N'importe quoi mais culturel, sexy, ou drôle, ou les trois

Le sac

La sonnette sonne sans interruption. Encore un imbécile qui se croit malin en laissant son doigt appuyé sur le bouton.
Juste comme Isabelle venait de finir de se préparer. Voiles et dentelles, pour une robe de soirée chic et glamour, gants fins, bas noirs sur des chaussures hautes de talons, maquillage en adéquation. Ce fut long, subtil, sensuel. Elle venait de se faire le clin d’œil de vérification finale.
Impeccable.
Parfaite.
Quand la sonnette a commencé à striduler.
NON !
Elle n'a plus de temps si elle veut être à l'heure pour son rendez-vous.
Ce n'est VRAIMENT pas le moment !
Comme d'habitude. Elle se doute de qui doit être l'importun, toujours là quand il ne faut pas.
Elle ouvre la porte d'un mouvement brusque.
Crispée.
C'est lui évidemment !
La crispation monte d'un cran.
Édouard.
Un type plus tout jeune mais pas si vieux, qui se croit irrésistible, intelligent, intellectuel, tombeur de femmes et affublé d'une particule comme d'une médaille en chocolat.
- Bonjour Isabelle. Je passais dans le quartier et j'ai eu une idée... proprement géniale.
Il est déjà entré dans l'appartement. Son eau de toilette à la violette est tout simplement abominable.
- Tiens !
Il lui tend un petit paquet emballé de papier de soie assorti d'un gros nœud rouge.
- Je n'ai pas le temps Edouard...
- Ouvre. Tu vas voir, c’est génial.
C'est son mot, ça "Génial". Tout est génial depuis le kébab du coin de la rue jusqu'à la dernière exposition du Grand palais.
- Matisse, c'est Génial. Et ces couleurs !
Mais pourquoi a-t-elle laissé ce bellâtre entrer dans sa vie ?
Elle arrache le nœud trop gros, déchire le papier, dévoile un sac.
Noir.
Petit.
Insignifiant.
Mais étonnamment pas si laid qu'on aurait pu le croire au vu de son offreur. Un sac qui pourrait même avoir une certaine allure avec cette arabesque dorée en ligne arrondie.
Un sac qui convient à plusieurs de ses tenues dont celle de ce soir.
Aurait-il brusquement du goût ?
- Je l'ai trouvé au bazar du coin de ta rue. Un camelot qui vendait ce truc en disant que c'était un sac magique qui semblait petit mais où l'on pouvait faire disparaître plein de choses. Un sac de femme quoi ! J'ai trouvé ça marrant... et tellement vrai, alors je te l'ai acheté. Génial non !
- NON !
Edouard lève le nez du sac qu'il fixait en rigolant, croise le regard noir d'Isabelle qui ne rigole pas du tout.
Il a un doute...
Ce qui ne lui arrive pas souvent.
Elle hurle.
- Tu es vraiment le roi des crétins mon pauvre Edouard, je ne veux plus te voir, jamais, nevers, ter-mi-né, alors comme ce sac est magique... paraît-il...
Elle brandit le sac vers sa figure. Instinctivement il recule en se masquant le visage du bras comme un gamin qui a peur de la gifle.
Elle ouvre le sac en grand.
- Disparaît je le veux, barre-toi, casse-toi, je ne veux plus te voir.
Il recule apeuré, fuit dans l'escalier devant cette furie, manque se ramasser en loupant trois marches, dévale les trois étages, souffle quand, enfin, il sort de l'immeuble.
Vivant... mais de peu.
Il se traine au troquet du coin boire un remontant et oublier cette garce sans humour. Les femmes n'ont pas beaucoup d'humour, c’est connu. Mais à ce point.
Isabelle, qui n'a pas bougé, se détend, sourit, referme le sac.
- Il est bien ce sac, je vais le garder. Il a l'air de très bien fonctionner.
Elle y met sa trousse de maquillage, son portable, ses clefs et les deux trois choses indispensables à toute femme qui se respecte.
Ferme sa porte.
Et descend l'escalier en pensant.
- Je vais en avoir souvent l'utilité. On a toujours besoin d'un sac à faire disparaître les crétins. Au final, merci Édouard. Comme quoi, tout homme, même le pire des lourdauds, peut parfois servir à quelque chose.
Parfois.

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