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Quartiers Pirates

N'importe quoi mais culturel, sexy, ou drôle, ou les trois

Art Nouveau, Art Déco

Georges s’assied sur le lit, repose le gros et lourd livre d’Art qu’elle lui a confié. Il tire une longue bouffée de sa cigarette brune, pensif, tout en observant son reflet dans le miroir.
Bel homme.

‒ J’ai une certaine difficulté à différencier l’Art Nouveau de l’Art Déco.

Du fond de la salle de bain, la voix rauque qu’il aime bien.

‒ Ça ne m’étonne pas, ce n’est pas si simple que ça en a l’air. Il y a beaucoup de similitudes entre les deux courants, l’un étant une réaction et une continuité de l’autre.

Il fixe le plafond, souffle un nuage en forme de cœur.
Pas mal ! Content de lui.

‒ En d’autres termes ?

Elle revient dans la pièce qui devient soudain plus petite voire insignifiante.

‒ Je vais t’expliquer, dit-elle en remontant son bas. Pour que ce soit clair, je t’ai mis la tenue pédagogique adaptée. L’Art Nouveau, c’est un courant artistique qui nait à la fin du dix-neuvième, une envie de folie, de s’amuser, de délirer. C’est la robe que je porte. Ce sont, comme tu peux le remarquer, des arabesques, des volutes, des promenades, de grosses fleurs. Ce sont des tons contrastés, des couleurs vives et gaies pour les peintures comme par exemple celles de Mucha qui en est l’un des porte-drapeaux ; grises, noires ou crème pour l’architecture. Ici, je me suis fait architecture pour te plaire.

‒ J’apprécie à sa juste valeur ton effort pour m’intellectualiser un tantinet. J’aime quand tu « te fais » architecture. OK, l’Art Nouveau,  je commence à  comprendre, dit-il en approchant sa main, mais l’Art Déco maintenant.

‒ Oh là, pas touche ! dit-elle en repoussant la main… Pas encore. Eh bien l’Art Déco, c’est la partie inférieure de ce tableau vivant. L’Art Nouveau a un défaut, il en fait souvent trop. Du coup, un nouveau courant arrive dans les années vingt, avec un style plus épuré, des lignes de construction plus structurées, moins délirantes. On aime les pans coupés, mais on garde quand même les arrondis. On privilégie des matériaux modernes comme le béton, matière froide, mais on y mêle des éléments plus traditionnels comme le bois, ambiance plus chaude. Les couleurs restent à peu près dans les mêmes teintes. L’Art Déco, en peinture, c’est Tamara de Lempicka et ses personnages massifs qui préfigurent le cubisme.

‒ Et dans ta tenue ?

‒ Le porte-jarretelles évidemment, les deux jambes gainées de satin, enfin les escarpins tout simples.

Il sourit malicieusement.

‒ J’ai compris, merci au professeur si évocateur.

‒ De rien, que ne ferait-on pour un élève si assidu.

‒ Une dernière question : Et si je fais cela ?

D’un seul geste, d’une dextérité d’habitué, il lui enlève sa robe, envoie le vêtement voler à travers la pièce.

‒ On est toujours dans l’Art Déco ?

Elle sourit, pas du tout choquée.

‒ Plus du tout. J’ai l’impression que tu m’entraines insidieusement vers  la simplicité de l’Art Moderne.

Il se précipite, elle tombe sur le canapé de cuir noir.

‒ Méfie-toi, glisse-t-elle dans un souffle, je pense que tu es en train de nous faire une belle dérive vers l’Art Contemporain, et quand on en arrive à l’Art Contemporain, personne ne sait où cela va s’arrêter.

‒ Cela tombe bien, j’adore l’Art Contemporain !

‒ Espèce de Marcel Duchamp va !

‒ Comment le sais-tu ? C’est  mon surnom… pour les intimes.

 

Photo : Idda van Munster

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