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Quartiers Pirates

N'importe quoi mais culturel, sexy, ou drôle, ou les trois

Un si joli rêve

Elle s’étire.

‒ J’ai rêvé que j’étais nue.

‒Totalement nue ?

‒ Ah non, pas totalement c’est vrai. Je crois me souvenir que je portais un voile de tulle transparent qui ne cachait à peu près rien.

‒ Genre ce que tu portes à présent.

‒ Ah, ben oui, genre ce truc là oui ! Marrant !

Elle sourit en regardant sa chemise de nuit vaporeuse.

‒ Et que se passait-il dans ton rêve où tu étais presque totalement nue ?

‒ C’était bizarre. Il y avait un homme charmant qui venait me chercher chez moi, dans notre appartement. Je mettais un long manteau de fourrure blanche sur mon déshabillé noir. Il m’emmenait dans une voiture rose. Je ne sais pas ce que c’est comme marque mais elle était immense, décapotable, des chromes partout.

‒ Une belle américaine quoi !

‒ Si on veut. Un peu trop clinquante peut-être, mais bon. On s’arrêtait sur un grand boulevard,  devant un immeuble très chic où avait lieu une soirée. Des cris, des rires, de la musique par les fenêtres ouvertes. On entrait dans un grand hall de marbre blanc, on montait un escalier moquetté de rouge, il y avait des hommes en costumes, des femmes en longues robes de bal. J’étais un peu embêtée, je n’avais pas la tenue idéale.

‒ C’est le moins que l’on puisse dire.

‒ En haut des marches se trouvait un vestiaire.

‒ Évidemment ! Un vestiaire où l’on te demandait d’ôter ton manteau bien entendu.

‒ Comment le sais-tu ?

‒ Je te connais.

‒ Eh bien oui. J’hésitais, tu t’en doutes.

Il grimace.

‒ Je m’en doute.

‒ Mais comme mon compagnon insistait, je posais mon manteau. Je ne sais pas dire non.

‒ Tant mieux ou parfois tant pis, cela dépend du moment.

‒ De toute façon, même si elle était assez transparente, ma tenue était chic quand même… et puis ce n’était qu’un rêve alors ce n’était pas grave…

‒ Heureusement.

‒ Nous entrions dans une grande salle de bal comme dans les films. Superbe. Des lustres de cristal, des couples tournant sur une valse de vienne, des robes souples et volantes, des hommes très dignes fumant de longs cigares, des flutes à champagne dans des mains gantés.

‒ J’imagine.

‒ Personne ne semblait remarquer ma tenue. C’est comme ça dans les rêves. Je me suis fait tout de suite inviter par un jeune homme, puis par un autre plus âgé. Nous avons dansé la valse, le tango, le Paso-doble, la Rumba, que sais-je ? J’étais très douée.

‒ Tu es très douée pour danser… entre autre.

‒ A un moment, je ne sais pas comment ça s’est fait, je me suis aperçue que j’étais vraiment nue. J’avais perdu mon déshabillé quelque part, je ne sais pas où.

‒ C’est tout à fait toi de ne pas savoir ce que tu fais de tes affaires.

‒ Ce n’était pas grave. J’avais gardé mes chaussures pour danser et, finalement, la seule chose importante dans un bal, c’est d’avoir les chaussures qu’il faut.

Il soupire.

‒ Si tu le dis.

‒ C’était un rêve assez agréable en fait. Erotique même. Personne ne semblait se formaliser de ma tenue. D’ailleurs il me semble que plusieurs autres femmes étaient nues aussi. C’est étrange comme les choses étranges paraissent naturelles dans les rêves.

Il grimace derechef.

‒ Eh oui !

‒ Ensuite, je ne me souviens plus très bien, c’est flou. Il me semble me souvenir d’une salle plus petite, beaucoup de monde, des canapés je crois, on discutait… ou peut-être pas… je ne sais plus. C’est difficile de se souvenir d’un rêve dans sa totalité. Puis je me suis réveillée ici, dans mon lit. Ouf ! Mais tout cela m’a un peu fatiguée. Cela peut-être fatigant un rêve. Je crois que je vais dormir encore un peu si ça ne te dérange pas.

‒ Attends.

Il se lève, passe dans le salon, revient un gros bouquet de roses dans les bras.
Elle rit, frappe dans ses mains.

‒ Oh merci mon chéri, que c’est gentil !

Il lui tend une carte bristol.
Deux lignes écrites d’une main ferme.

«Merci pour avoir participé à notre charmante soirée. Ces roses en remerciement et à bientôt pour une prochaine sortie»
Une signature en arabesques compliquées.
« Comte Marco de Charouvas »
Elle se gratte les cheveux, ne dit plus rien.
Il se dirige vers la porte, ajuste sa chemise de soie, enfonce les mains dans les poches de son pantalon impeccable. Avant de sortir, il dit d’une voix calme.
Trop calme.

‒ La prochaine fois que je pars quelques jours en voyage d’affaires, évite de rêver, s’il te plaît.

Puis il ferme la porte.

 

Photo : Romanie Smith

 

 

 

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