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Quartiers Pirates

N'importe quoi mais culturel, sexy, ou drôle, ou les trois

Le nez

Angoisse !
Christian se tourne vers la touffe de cheveux noirs qui dépasse du drap dans le lit. Il ne voulait pas déranger Christiane, mais il s’agit d’un cas d’urgence.

‒ Dis-donc, tu n’as pas vu mon nez ?

‒ Hum… Qu’est-ce que tu dis ?

Christiane s’étire souplement, bras tendus, mains paumes en l’air, superbe et souple, puis elle se saisit de ses deux pupilles noires, les met en place d’un seul geste efficace, un second geste pour les sourcils, une pichenette pour le nez et la voilà parfaite comme chaque matin, une lueur de malice au coin des yeux.

‒ Encore ? Mais tu ne fais que ça de perdre ton nez !

Christian grimace. Ce n’est pas tout à fait faux. Il n’a jamais pu tout à fait s’habituer à cet appendice inutile et encombrant. Cela fait saillie, on s’y accroche, la colle n’est jamais suffisamment performante. Résultat, il le perd régulièrement dans les endroits les plus improbables. Le pire ce fut… mais passons.

‒ Je ne peux quand même pas aller au bureau sans nez, ça va se remarquer.

Christiane rit. Il aime son rire. Il se sent plus détendu, elle va l’aider à trouver une solution. Christiane est depuis plus de dix ans une femme formidable qui a des solutions pour tout.

‒ Tu crois ? Évidemment, gros benêt. A-t-on déjà vu un chef de service sans nez ?

Dans une arabesque de danseuse, elle s’assied sur le lit, replace son sein droit qui était légèrement descendu.
Il admire.

‒ Réfléchissons. Qu’avons-nous fait hier ?

‒ La soirée chez Damien…

‒ Voilà ! Tu étais pour le moins légèrement ivre et tu te seras encore frotté le nez, mon pauvre Charles. Si fort qu’il en est tombé.

‒ Ce n’est pas Charles aujourd’hui, c’est Christian.

Elle regarde le calendrier.

‒ Autant pour moi, Christian. Bon, si Damien le trouve, il nous appellera, ton nez est facilement reconnaissable avec ce gros poil qui pend.

Christian ouvre des yeux si hagards qu’il est obligé de les retenir avec les doigts.

‒ Comment, Christiane, j’avais un poil et tu ne me l’as pas dit !

‒ Impossible ! Tu n’as cessé de te pavaner et de bavasser toute la soirée avec l’autre, là, la grande bringue crétine, et dans la voiture, tu ronflais comme un sonneur en cuvant ton vin. Et aujourd’hui, ce n’est pas Christiane, c’est Dorothée.

Christian jette un œil au calendrier. Elle a raison bien sûr.

‒ Oups ! Désolé Dorothée. Tu la trouve crétine cette belle brune ?

‒ Crétine oui, et je suis polie. Mais parlons d’autre chose, pour ton nez, j’ai une idée…

Elle est comme ça, Dorothée, fabuleuse et réactive.

‒ Mets ton masque. Ce n’est plus une obligation mais il reste quelques crétins pour le faire. Ainsi personne ne pourra voir que tu n’as pas ton nez. Et moi, je t’en commande un neuf dès aujourd’hui.

Elle est géniale, non ?

‒ Tu peux me le prendre aquilin. J’aimerais bien…

‒ On verra s’ils en ont en stock. Va travailler, ne sois pas en retard en plus, cela se remarquerait d’autant plus.

Il enfile son masque, lui envoie un dernier baiser, ferme la porte et descend l’escalier en dansant. Pas d’ascenseur ce matin, il est en forme.
Au moment de s’assoir dans sa voiture, il aperçoit son appendice nasal posé sur le siège passager. Décidément, c’est une belle journée.

Dorothée, le portable sur l’oreille,  regarde la voiture s’éloigner à travers le rideau, un sourire aux lèvres.

‒ Bon Damien, le crétin vient de partir, tu peux venir. Accessoirement, il te resterait des nez en stock, un aquilin ce serait bien. Non ? Bon apporte ce qu’il te reste, ça ira. Pour le soin qu’il y prend !

Devant la glace, elle change ses pupilles pour des yeux verts, de longs cils, des sourcils fins, une bouche plus pulpeuse.
Elle réajuste ses jolies fesses rondes.
Bien !
Une belle journée.
Décidément.

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